Morgane Catoire
Infidélité : sortir des clichés pour être libre de décider
Pourquoi le mot “infidélité” pose problème
Dans ce premier temps, regardons le mot lui-même.
Parce que “infidélité” n’est pas un mot neutre. Il porte en lui toute une vision morale, sociale et relationnelle. Et quand on traverse un moment aussi sensible, chaque mot compte. Il peut éclairer… ou ajouter de la douleur.
Ce que disent les définitions du Larousse
Voici les définitions du Larousse pour “infidélité” :
- Manque de fidélité à un engagement.
- Déloyauté ou trahison envers un supérieur.
- Manque de fidélité envers un ami ou un être aimé.
- Violation du devoir de fidélité entre époux.
- Fait d’avoir recours à quelqu’un d’autre que la personne habituelle.
- Manque d’exactitude ou de vérité.
Ces définitions montrent plusieurs éléments implicites :
- une notion morale (respect, droiture, honnêteté),
- une notion de subordination (l’un est “infidèle” à l’autre),
- une notion d’inconstance (on n’est plus fiable, nos actions ne sont plus prédictibles),
- une notion de droit sur le corps de l’autre,
- une notion de dépendance,
- une notion de flou ou d’incertitude.
Ces éléments ne reflètent pas ce que vivent réellement la majorité des couples confrontés à une relation extra-conjugale. Mais ils influencent immédiatement votre façon de penser ce qui arrive.
Le mot “infidélité” vous place dans un scénario où quelqu’un “a fauté”, “a trahi”, “a rompu un engagement moral”.
Cela pose un cadre qui peut rendre encore plus difficile l’écoute de vos émotions, de vos besoins, de ce qui s’est passé pour vous.
Pourquoi je parle plutôt d’“extra-conjugalité”
Pour éviter toutes ces couches implicites, j’utilise le terme extra-conjugalité.
Il signifie simplement : “ce qui a eu lieu en dehors du cadre du couple”.
Rien d’autre.
Pas de jugement.
Pas d’intention prêtée.
Pas de diagnostic moral.
Cela permet de regarder les faits et non les étiquettes. De commencer à sortir du système "il y a un bon/il y a un méchant", "un bourreau/une victime". Si ces étiquettes peuvent momentanément rassurer, elles ne permettent pas de régler la situation, de voir ce que l'on veut faire pour la suite de notre relation.
Les clichés sur l’infidélité : comment ils empêchent de penser par soi-même
Maintenant que le mot est clarifié, nous pouvons regarder les clichés.
Un cliché, c’est une caricature.
Cela donne l’impression de comprendre vite et facilement, alors qu’en réalité, cela empêche de penser par soi-même.
Pourquoi les clichés bloquent la réflexion
Les clichés fonctionnent comme du “prêt-à-penser”.
Ils vous disent ce que vous êtes censé ressentir, ce que vous êtes censé faire, ce que cela “signifie” sur votre couple ou votre partenaire.
Le problème, c’est que les clichés :
- vous coupent de votre ressenti,
- vous empêchent de prendre le temps nécessaire à la digestion émotionnelle et à la discussion,
- augmentent la confusion émotionnelle,
- rendent plus difficile toute décision.
Vous ne pouvez plus entendre ce que vous, vous traversez.
Ce sont les idées toutes faites qui parlent à votre place.
Quelques pistes de réflexion: explorer vos propres croyances
Avant d’aller plus loin, vous pouvez vous poser les questions suivantes :
- Suis-je d’accord avec l’idée d’être engagé·e envers mon conjoint ? Comment cela se matérialise pour moi ? (A quoi d'autres personnes peuvent voir que je suis engagé·e?)
- Suis-je d’accord avec l’idée de dominer mon conjoint (et quelles sont les actes observables qui montre cela) ? Et avec celle d’être dominé·e ?
- Ai-je besoin de prévisibilité dans mon couple ? Qu’est-ce que cela me permet de vivre ?
- Est-ce que je suis d'accord d'avoir des droites sur le corps de mon conjoint ? (Comment ce droit se matérialise?) Suis-je d’accord que mon conjoint ait des droits sur mon corps ? Jusqu’à quel point ?
- Suis-je d’accord pour que mon conjoint soit ma seule ressource affective et sexuelle ? Et moi, suis-je d'accord pour être la seule ressource pour lui/elle ?
Attention: il n'y a pas de “bonnes réponses” à ces questions. Ces questions sont uniquement là pour pour permettre de voir ce qui était non-dit entre vous, et parfois même non-pensé.
Si vous avez un doute quant à ce que vous vivez dans votre couple, je vous invite à consulter l'échelle des comportements au sein du couple.
C’est quoi un couple ? Une définition pour comprendre d'où viennent les problèmes
Puisque nous parlons d’extra-conjugalité, il est nécessaire de revenir à la base : qu’est-ce que cela signifie, pour vous, d’être en couple ?
Une définition qui semble évidente… mais qui ne l’est pas
Pour notre réflexion, je vous propose cette définition :
Un couple est un lien où deux personnes partagent :
- un échange d’amour,
- un partage d’intimité,
- l’exclusion d’autres possibilités d’amour ou d’intimité en dehors du couple.
Cela paraît clair… mais uniquement en apparence.
Dès qu’on creuse, on voit que cette définition n’est ni universelle, ni partagée spontanément par les deux membres du couple.
Tous les couples n’ont pas la même définition
Que penser des couples ouverts, polyamoureux ou libertins ?
Ce sont bien des couples.
Ils montrent que l’exclusivité n’est pas une évidence, mais une décision (ou une présomption, lorsqu’elle n’a pas été discutée).
Cela nous amène à une question importante :
Est-ce que vous savez quelle définition votre conjoint donne à l’amour ? À l’intimité ? À l’engagement ?
Deux personnes, deux définitions
Et c’est là que les malentendus commencent.
Les désaccords, les déceptions, les blessures sont profondément influencés par :
- votre propre définition,
- la définition de votre conjoint,
- et l’écart entre les deux.
Quand cet écart n’a jamais été rendu visible, cela crée un terrain favorable aux incompréhensions. Si personne ne précise où sont les limites, on ne fait que supposer et on a tous tendance à supposer que notre conjoint pense comme nous. Pour découvrir parfois à notre détriment à quel point il y a du décalage.
Pour poursuivre votre réflexion
Si ce que vous venez de lire résonne avec ce que vous traversez, il peut être utile de continuer ce travail de réflexion.
Quand une extra-conjugalité apparaît dans un couple, beaucoup de choses se mélangent : les tempêtes d'émotions chez les deux conjoints, les attentes implicites, la pression sociale… Et tout cela rend difficile de savoir ce que l’on pense vraiment, ce que l’on veut, et comment avancer.
Je construis actuellement un parcours qui vous accompagne dans cette réflexion en toute autonomie.
Vous y trouverez :
- Des réflexions guidées pour vous aider à apaiser vos émotions
- Des repères pour comprendre ce qui se joue derrière l’extra-conjugalité
- Un chemin progressif pour pouvoir décider ce qui est juste pour vous et en discuter calmement avec votre conjoint.
Ce parcours n’a pas pour objectif de sauver votre couple à tout prix, ni d'amener à la rupture.
Il sert à retrouver un espace intérieur suffisamment calme et clair pour que vous choisissiez votre propre direction.
Foire Aux Questions
- Qu’est-ce qu’un blocage émotionnel ? Une fermeture affective temporaire face à une surcharge ou à la peur du rejet.
- Pourquoi je ne ressens plus d’amour ? Souvent parce que la relation est figée par une tentative d’évitement des conflits, non parce que l’amour a disparu.
- Comment sortir d’un blocage émotionnel ? En observant les évitements et en les nommant, en parlant de ces observations : « j’observe que quand tu fais ça, je réagis comme ça et alors, toi, tu réagis comme ça ».
- Mon partenaire refuse de parler : que faire ? Chercher un espace tiers neutre (médiation ou thérapie selon vos préférences).
- Est-ce que la médiation peut aider ? Oui, elle clarifie les dynamiques de couple avant que la rupture ne s’installe, et permet de les changer, de décider ensemble de la suite de la relation.
- Quand consulter ? Dès que la communication devient répétitive, que les disputes et mêmes « discussions sérieuses » sur le couple sont les mêmes à chaque fois et que ces discussions ne changent rien, malgré les engagements pris par chacun.
